Colle, seau, balais … les armes de MdM à Strasbourg

campagne1

 

 

Le 20 juin 2016, une partie de l’équipe communication se réunit pour monter une opération d’affichage. En effet, la présidente de MdM a lancé une campagne sur le prix du médicament, sachant que ce coût a une influence directe sur l’accès au soin et au droit à la santé, deux valeurs hautement symboliques de Médecins du Monde.

Notre équipe se préparait depuis quelques temps à relayer localement une opération pensée et organisée depuis le siège de MdM. Les plus jeunes parmi nous se sont lancés et ont cherché du renfort auprès d’autres jeunes bénévoles de MdM. La Cigogne et l’Horloge, petite curieuse a voulu en savoir un peu plus et a mené son enquête sur cette opération « affichage sauvage » en s’adressant à toute l’équipe.

 

 

Tic tac/clac clac : en quoi consistait la tâche à accomplir, de quel matériel disposiez-vous, comment cela se passait, avec le camping-car, à vélo, à pied… ? Quels risques courriez-vous en bravant les interdictions ?

 

« La sortie consistait à poser/coller des affiches un peu partout dans Strasbourg où les lieux le permettaient et où les gens seraient en mesure de bien les lire et ainsi d’être interpellés par les messages qu’elles délivraient. Nous disposions de colle, de seaux, de balais à rouleaux, d’un piédestal, du camping-car servant pour les maraudes, de motivation et de bonne humeur de la part des bénévoles. Nous risquions une interpellation/ arrestation de la police. »

 

« Nous avions des seaux avec de la colle, des balais et partions en camping car. Les risques je ne m’en souviens plus trop, mais je les ai pris ! »

 

« La tâche principale fut de communiquer au public la campagne d’affichage de Médecins du Monde, qui a été « censurée » d’une manière indirecte par les afficheurs. Pour ce faire, il a fallu cibler des endroits intéressants et où nous pouvions coller sans déranger les gens, tout en faisant attention à toucher le public de la manière la plus importante. Ensuite, nous sommes allés coller les affiches de la campagne d’affichage « Le prix de la Vie ». Pour cela, nous disposions de colle à papier peint, de seaux, de brosses et de balais, pratique pour les transporter aussi bien avec le camping car qu’en vélo ! Concernant les risques, sur les affichages libres il n’y en avait évidemment aucun. Concernant les dessous de pont ou les bâtiments, devantures abandonnées, j’imagine que nous risquions un rappel à l’ordre ou encore des amendes mais la police a été compréhensive et ne nous a pas sermonnés. »

 

« L’objectif était de rendre visible au plus grand nombre la campagne « le prix de la vie » de MdM, il fallait donc coller des affiches grand format aux quatre coins de la ville. »

 

« Je faisais parti d’une des team à vélo, ce qui nous permettait de nous déplacer rapidement dans le centre, et d’aller explorer tous les recoins pour coller des affiches dans les zones piétonnes d’affluence. Nous tractions avec les vélos, affiches, seaux de colle et balais. Les risques ? Je pense que cela ne nous effrayait pas, on se doutait que ce type d’opération n’est pas légal, mais sous le couvert de MdM avec les chasubles et l’appel du national sur les réseaux sociaux, nous nous sentions protégés. Pour moi ceux qui étaient dans l’illégalité c’est plutôt ceux qui ont refusé de les faire publier sur les espaces d’affichage privés (type métro). »

 

« La tâche consistait à poser des affiches grand format dans la ville avec comme consigne d’être le plus visible possible tout en respectant la légalité. Nous avons commencé avec des vélos et une remorque. Le risque n’était pas très élevé, il fallait juste se placer dans la zone tolérée entre l’affichage légal et illégal. »

 

 

Tic tac/clac clac : sur l’ensemble des slogans figurant sur l’affiche, quels sont les deux ou trois les plus percutants ? Y a-t-il aussi des affirmations qui vous ont gênés, déplu ou tout simplement choqués.

 

« Rien ne m’a choqué, j’ai particulièrement retenu celle sur les hépatites et le cancer. »

 

« Les plus percutants pour moi « 1 milliard d’euros de bénéfice, l’hépatite C on en vit très bien »; « bien placé un cancer peut rapporter jusqu’à 120 000 € » et « seul 1% des français peut se permettre d’avoir une hépatite C ». J’ai adoré tous les slogans ! »

 

« J’ai particulièrement trouvé percutant les « 1 milliard d’euros de bénéfice, l’hépatite C, on en vit très bien », « Le cholestérol ? Un placement à forte rentabilité et garanti sans risque » ou encore « Une leucémie, c’est en moyenne 20 000 % de marge brute ». Nous y observons bien la collusion entre la santé et l’économie et j’apprécie particulièrement ce côté ironique. Aucune ne me choque, ce ne sont que des vérités mises en lumière, je peux comprendre que certains sujets sont sensibles, mais la méthode de Médecins du Monde permet une communication nouvelle, marquante, et au-delà de la simple communication, cette campagne permet de prendre conscience de la situation. »

 

« J’aime beaucoup « une épidémie de grippe en décembre c’est le bonus de fin d’année », je trouve l’ironie au top. Mais je les trouve toutes juste et elles me plaisent ! L’affirmation « une leucémie c’est en moyenne 20 000 % de marge brut » m’a choqué, je ne pensais pas que les bénéfices pouvaient être si grands ! »

 

« « Bien placé un cancer peut rapporter jusqu’à 120 000 euros » selon moi ce slogan reprend bien le cynisme d’un certain milieu. Certains se sentiront concernés. »

 

 

Tic tac/clac clac : quelles ont été les surprises… agréables, gratifiantes ? Y a-t-il eu des moments durs à encaisser ? Quelles sont les difficultés de ce type d’opération ?

 

« Une surprise de la sortie a été de voir les gens s’arrêter pour lire, nous poser des questions et parfois nous féliciter. Aucun moment n’a réellement été compliqué, tout s’est très bien passé, aucune complication n’est à relever. »

 

« Les moments agréables étaient les rencontres avec les gens qui reconnaissaient la campagne « ah super c’est Médecins du Monde! » Et les rencontres avec ceux qui lisaient les affiches pour la 1ère fois et qui adhéraient aux messages ! Pas de difficultés rencontrées pour ma part. »

 

« J’ai été assez surpris de voir les gens s’intéresser rapidement, d’en entendre parler, mais aussi que certains petits commerces viennent nous voir pour prendre une affiche et la mettre sur leur porte. Les moments durs ont eu lieu plutôt après en voyant certaines affiches être arrachées rapidement. D’où la difficulté de ce type d’opération qui est qu’il faudrait recoller régulièrement et à travers toute la ville pour cibler un public plus large. »

 

« Le moment agréable qui m’a le plus marqué c’est quand un commerçant nous a demandé une affiche pour la coller sur la devanture de son magasin. Il soutenait l’action et voulait y participer. Les gens étaient intrigués avaient le sourire, c’était plutôt une soirée agréable et c’est important qu’entre bénévoles nous agissions aussi sur ce type d’action, cela nous soude. »

 

« C’était la canicule et j’avais une gueule de bois. Rester propre était aussi compliqué. Nous étions bien collants et nous avons même renversé un seau de colle par terre. Bravo Médecins du Monde ! »

 

 

Tic tac/clac clac : Alors au total, combien d’affiches avez-vous posées, dans quel secteur de l’Eurométropole ? Est-ce qu’il en reste une quelque part, après l’été. Quel autre secteur faudrait-il investir une prochaine fois ?

 

« Dur à dire, vers la gare, près de la laiterie… Il en reste sous le pont de Montagne Verte, là où le tram passe. »

 

« Les secteurs Montagne verte sous le pont où passe le tram (il y en a toujours 2), sur un pont allant vers Kehl (elle y est toujours), Esplanade, Neudorf, allée de la Robertsau, place de Bordeaux… Je crois que l’on a affiché 80 affiches. »

 

« Nous en avons posé 200 et oui il en reste ! Notamment du côté du Neudorf/Meinau. Pour une prochaine fois, il faudrait cibler le nord de Strasbourg ainsi que les accès vers Kehl d’une manière plus importante, mais aussi l’accès vers Illkirch. »

 

« Je ne me rappelle plus combien d’affiches nous avons déposées. Mais en me promenant en ville je vois toujours certaines de nos œuvres :) Nous sommes passés aux alentours de la délégation, puis sur le campus central, puis l’hypercentre pour rejoindre le quartier de la gare. »

 

 

Tic tac/clac clac : avez-vous rencontré des personnes intéressées ? Quelles étaient leurs questions et remarques ? Avez-vous trouvé sur votre chemin des mécontents et quels étaient leurs griefs ?

 

« Les personnes rencontrées étaient plutôt curieuses, voulaient en savoir davantage, ou simplement contentes de notre action. »

 

« Oui il y avait des personnes intéressées, aucune personne avec des griefs. Ils demandaient surtout pour la pétition. »

 

« Oui il y en a eu ! Ils ont aimé ce côté ironique et ont parfois été choqués que la campagne ait été censurée. Beaucoup ont eu l’histoire sur les réseaux sociaux et cela a permis de discuter du but de la campagne. Il y a eu une seule personne mécontente effectivement, une personne qui travaille pour la CUS et qui n’aimait pas le fait que l’on colle sur les poubelles. Celle-ci a néanmoins été compréhensive et nous a juste conseillé de faire attention à ne pas cacher d’informations utiles sur les poubelles avant de repartir. »

 

« Oui, les gens étaient intéressés, on nous a demandé des affiches, toutes les personnes qui venaient nous voir en avait entendu parler à la TV, ou sur Facebook, ils soutenaient l’action, et évidemment ils étaient d’accord avec cette dénonciation du monde pharmaceutique. »

 

« Dans mon équipe nous n’avons pas rencontré de personnes contre la campagne, ni contre la méthode d’affichage, juste un petit rappel à l’ordre par une personne de la ville lorsque l’on collait sur les bacs à verre : il fallait laisser visible les instructions du tri sélectif. Elle a eu raison de nous le rappeler, les gestes éco-citoyens participent aussi à changer le monde dans lequel on vit. »

 

« Notre petit tour s’est déroulé dans le calme. Nous avons évidemment reçu des regards curieux mais pas de mécontent. »

 

 

Tic tac/clac clac : alors « affichage sauvage », est-ce utile pour MdM ? Est-ce marquant pour le ou la bénévole de MdM ? Merci de supporter cette curiosité un peu intrusive de l’horloge et de la cigogne !

 

« C’est utile pour promouvoir la visibilité de l’asso dans la société civile, mais également rappeler quel est un des rôles premiers de Médecins du Monde, c’est à dire témoigner, rapporter, prévenir. Mission accomplie. »

 

« Utile oui beaucoup je pense. Marquant également, c’était un bon moment pour ma part ! »

 

« Oui cela a été une expérience complète et enrichissante ! C’est assez plaisant d’entendre parler dans l’entourage de cette campagne. Je pense que l’utilité est très grande sur ce type d’action importante. Au-delà du fait que sans cet affichage sauvage cette communication n’aurait pas eu lieu, cela permet de mettre en avant des faits et n’oublions pas que l’un des rôles de MdM est de témoigner, peu importe le support utilisé! »

 

« Lorsque les médias empêchent le peuple ou les associations de s’exprimer, de dénoncer, l’affichage sauvage est plus qu’important. N’oublions pas que MdM a deux missions, soigner oui, mais TÉMOIGNER, et lorsque la voie légale ne le permet pas, il faut parfois avoir recours à des actes plus rebelles mais tout en restant pacifiste et bienveillant. »

 

« Je pense que c’est utile pour Médecins du Monde. Cela envoie aussi pour message que l’organisation a la volonté d’agir de façon autonome. En tant que bénévole, j’étais donc content de soutenir le siège de cette façon. Cela dynamise nos actions. Prêt à recommencer. »

 

 

Paru dans L’Horloge et la Cigogne, Lettre d’information de la délégation Alsace / Franche-comté

 


Réagir à cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>