De la crise de l’accueil et de la solidarité à la désobéissance civile …

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  Photos de Sinawi Medine

 

Eté 2016, désemparés, nous le sommes tous, depuis plus d’un an déjà. Désemparés par la crise dite « migratoire ». Pas par le nombre d’exilés, qui reste somme toute à relativiser aux regards de notre population européenne, ou plus encore du nombre de déplacés et réfugiés dans le monde. Mais plutôt par le mauvais accueil que nous, sociétés occidentales des pays les plus riches du monde, leur réservons. Indignés par cette politique de fermeture des frontières et d’exclusion. Exaspérés par ces discours politiques désincarnés et déshumanisés, qui parlent des migrants comme d’une vague ou d’une crise, de danger pour « nous », sans jamais parler du danger pour « eux », de chacun d’entre eux, de leur exil  ni  de leurs parcours. Indignés par les conditions de vie que nos politiques leur infligent.

Nous nous sommes réunis, un petit nombre de membres de MdM engagés en France  et ailleurs auprès des migrants/réfugiés/ exilés, pour imaginer un monde meilleur, pour nous dire ce que nous aimerions crier plus haut et plus fort. Nous aurions aimé révolutionner le monde, nous avons juste ranimé nos âmes assourdies. Mais certaines pistes se sont dessinées.

 

Ces murs, ces frontières et leurs violences nous révoltent plus que tout. Mais le manque d’accueil et l’exclusion institutionnalisés dans nos états, nos villes parfois, nos administrations souvent sont intolérables. Révoltés aussi par  les discours politiques qui alimentent la xénophobie et la violence, érodent  l’opinion publique, sans jamais parler des questions migratoires autrement que sous une approche sécuritaire qui nourrit confusion et amalgame.

 

Pourtant quelques actions publiques sont à saluer. Parmi elles, l’ouverture et le renforcement des capacités de centres d’accueil et d’orientation (CAO).  Leur intention, bonne (offrir un répit aux exilés) ou mauvaise (éloigner ces mêmes exilés de centres trop visibles et indésirables : Paris – Calais…), ne saura masquer le bénéfice qui en découle parfois : mise à l’abri, repos, dignité des conditions de vie, possibilité d’accéder à une demande d’asile, et changement de regard sur les exilés de la part des habitants des villes d’accueil et parfois, de leurs élus.

 

Investir les CAO …

 

Nous avons imaginé alors qu’investir ces CAO pouvait  se montrer pertinent pour accompagner les exilés dans leur projet de vie, et notre société vers un projet d’accueil et d’hospitalité. D’autant plus qu’il existe dans certaines régions des réseaux locaux, proches du modèle de la monnaie locale,  qui existent ou se développent. S’immiscer dans ce modèle serait un beau signal de résilience et d’accompagnement au changement social.

 

Accompagnement dans des squats

 

Dans certaines villes « phares » hostiles à l’accueil, où des expulsions sont sans cesse renouvelées, nous souhaitons montrer notre indignation plus fermement. En prévision du démantèlement de la zone Nord du campement de Calais, nous avons envisagé une mise à l’abri des personnes vulnérables en les accompagnant dans des squats.  Conscients des risques et des difficultés que cela peut représenter, soutenir cette forme de mise à l’abri nous semble utile, pertinente et légitime (et non légale).

 

Dans d’autres villes un peu moins hostiles , nous continuerons d’accompagner les  exilés sur leur lieu de vie dès lors qu’ils sont ouverts, respectueux du choix des personnes (campements « spontanés »), et des  libertés de chacun.

 

Une caravane transfrontalière solidaire et citoyenne

 

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En PACA, la fermeture de la frontière autour de Vintimille nous indigne. Une action est à réfléchir, qui ne mette en danger ni les exilés qui souhaitent traverser, ni leur projet.

 

A partir de là, nous avons imaginé une « caravane transfrontalière solidaire et  citoyenne », qui partirait de Vintimille pour se rendre à Londres, qui traverserait des frontières, des villes symboliques (accueillantes ou hostiles), des lieux de vie d’exilés (en veillant toujours à ne pas leur porter préjudice). Nous impliquerions des régions et municipalités, des réseaux partenaires, des collectifs de citoyens et  de migrants. La caravane serait ponctuée tout au long de son parcours d’événements festifs, informatifs, de sensibilisation, de partage et de rencontres. Elle pourrait être un support pour communiquer notre plaidoyer dans le cadre de la campagne présidentielle française de 2017.

 

Voilà les quelques modestes actions que nous avons imaginées, que nous voulions partager, proposer, et faire vivre, ensemble.

 

 Dr Ariane Junca, groupe Migrations, Droits et Santé (MDS )

 


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